Cette histoire débute en 1976, il y a près d’un demi-siècle.
Après un mariage à la mairie pour devenir citoyen français au statut marital, le couple de notre histoire est passé sous la Houpa quatre jours plus tard en présence d’un rabbin.
Chose peu ordinaire, l’acte de mariage religieux, la Kétouba, n’est signé que par les époux et le rabbin, sans aucune autre signature de témoins religieux.
Plus tard, des recherches ont montré la présence de quatre signatures dans le registre de la communauté :
- La signature du Rabbin de la synagogue,
- Les signatures de trois hommes présents lors du mariage et faisant office de témoins.
Le mariage n’a pas tenu et moins d’un an après la noce, la mariée a décidé de rompre le mariage et de quitter son mari. Trois mois après leur séparation, une fille est née. La petite est la fille du mari volage.
En effet, des investigations vont montrer bien plus tard que de l’aveu même du mari, même après son mariage, il allait avec d’autres femmes et vendait de la drogue, drogue pour laquelle il devra purger une peine de prison.
Moins d’un an plus tard, la femme rencontre un homme, ce qui la décide de divorcer civilement de son premier mari. Divorce civil qu’elle obtient un mois plus tard.
18 mois plus tard, le couple décide de se marier. La mairie ne pose pas de problème puisqu’elle est divorcée civilement depuis un an et demi, mais les choses se compliquent lorsque le couple se présente au consistoire qui refuse de les marier car elle n’a pas reçu le guet de son premier mari avant de connaitre ce nouvel homme, elle sera donc interdite à son mari et à cet homme à vie.
La vie continue et le couple décide tout de même d’avancer et trois mois plus tard, la femme tombe enceinte, mais elle ne reçoit le guet de son premier mari que 2 mois avant la naissance du petit garçon qui nait en décembre 1980.
Le jeune homme, sioniste et religieux décide à l’âge de 18 ans de faire son alya et d’étudier dans une yeshiva en Israël.
Lors de ce voyage très important pour lui sa mère l’accompagne et lui explique avant de repartir en France qu’au moment de se marier, il risque de rencontrer des difficultés à faire reconnaitre sa judaïcité. Le jeune homme ne comprend pas sur le moment, il sait que ses parents sont juifs, il ne doute pas un instant de sa judaïcité.
Quelques jours après son arrivée en Israël, au moment de s’inscrire auprès du ministère de l’Intérieur comme olé radash (nouvel immigrant), il s’entend dire ‘Il y a un problème parce que vous n’êtes peut-être pas du tout juif…’. Le jeune homme se remémore alors les paroles de sa mère et réalise qu’un gros problème repose sur ses jeunes épaules.
Aussitôt le jeune homme se tourne vers son rabbin à la yechiva où il étudie, le Rav Moshé Cohen, et lui demande en larmes de l’aider.
A l’écoute de son récit sur ses origines et ses parents, le Rav Cohen comprend que le problème n’est pas un problème de judaïcité ou d’origine, mais un problème de mamzerouth, c’est-à-dire d’une conception illégitime.
Démarre alors pour le rabbin une enquête longue et ardue.
Après un nombre infini de demandes et d’enquêtes, il est devenu clair pour le Rav Cohen qu’un certain nombre de points pouvaient être exploités pour résoudre le problème du présumé mamzer.
Le premier point qui est devenu clair pour le Rav Moshé Cohen concerne la signature de la kétouba où, sous l’autel, seul le rabbin a signé à l’endroit désigné pour la signature de l’ordre religieux, ainsi que le marié lui-même et la mariée, et il n’y a pas la signature d’un seul témoin. Et sans témoin, l’acte de mariage religieux ne peut pas être sanctifié !
Le registre de la communauté mentionne la signature des trois témoins et nous pensons qu’ils ont été présentés comme témoins religieux, alors pourquoi les trois témoins ont-ils signé le registre et pourquoi n’ont-ils pas signé la kétouba (acte de mariage religieux) elle-même ?
L’enquête a montré que les trois hommes qui ont signé le registre de la synagogue n’étaient pas ‘Shomer Shabath’ (c’est-à-dire qu’ils ne respectaient pas le shabath), de ce fait c’est sûrement la raison qui explique pourquoi le rabbin n’a pas souhaité leur signature sur la kétouba des mariés.
Et si nous considérons que l’un des trois témoins pouvait être considéré comme un «témoin honorable», le rabbin a examiné la kasherout des 3 témoins et est ainsi sorti de ses enquêtes que :
- Deux d’entre eux étaient de leur propre aveu non shomer shabat (ne respectaient les règles shabatiques)
- Le troisième était mariés à une femme gérante d’un café bar ouvert le shabat, le rabbin n’a pas considéré sur son unique bonne foi, comme quoi il n’avait rien à voir avec le bar, et lui non plus n’a pas eu la permission de signer la kétouba.
Au bout d’une longue investigation où toutes les parties concernées ont été entendues et vont passer devant un mishpat (tribunal religieux), et pu donner leur version des faits, le Rav Moshé Cohen a pu prouver que les 3 témoins présumés religieux n’étaient pas shomer shabat, et sans témoin, le rabbin de l’époque n’aurait pas du valider l’acte de mariage. Il aurait du être plus scrupuleux et demander que les deux témoins soient religieux, shomer shabat, et puisse attester de cette union.
Deux témoins religieux doivent signer pour un acte de mariage, dans le cas du couple de notre histoire, le mariage n’ayant pu être sanctifié par même un seul témoin, il n’y a pas de mariage à proprement parler.
Le guet attendu de longs mois n’a plus lieu d’être, et le nouveau couple vit donc sans mariage religieux, mais leur enfant n’a pas de problème de mamzerouth, et prouve que le jeune homme est bien né juif puisque sa mère était totalement dégagée de toute obligation religieuse, et qu’il est né d’une union libre entre deux juifs.

